Lorsqu’une personne crie, s’agite, repousse un accompagnant ou se retire soudainement, le premier réflexe peut être de vouloir faire cesser la situation.
Pourtant, le comportement visible ne permet pas toujours d’en comprendre immédiatement la cause. Il peut être lié à une douleur, à une incompréhension, à une fatigue, à une surcharge sensorielle ou à une perte de repères.
Avant d’intervenir, il est donc essentiel d’observer ce qui a changé, de vérifier la sécurité et de replacer la manifestation dans son contexte.
Que désigne-t-on par troubles du comportement ?
L’expression troubles du comportement peut regrouper différentes manifestations :
- agitation ;
- cris ;
- opposition ;
- irritabilité ;
- gestes dirigés contre soi ou contre autrui ;
- déambulation présentant un risque ;
- retrait inhabituel ;
- comportements répétitifs plus marqués ;
- modification soudaine des habitudes.
Ces manifestations ne correspondent pas nécessairement à une volonté de s’opposer. Elles peuvent apparaître lorsque la situation dépasse les possibilités d’adaptation de la personne.
Il est donc préférable de décrire précisément ce qui est observé plutôt que de réduire la personne à une étiquette.
L’article Comment gérer les troubles du comportement en institution ? présente plusieurs facteurs pouvant influencer ces situations.
Pourquoi faut-il comparer la situation au comportement habituel ?
Un comportement fréquent n’a pas la même signification qu’une réaction totalement nouvelle.
Une personne peut marcher régulièrement dans son lieu de vie sans être en difficulté. En revanche, une agitation soudaine chez une personne habituellement calme doit attirer l’attention.
Quelques questions peuvent guider l’observation :
- ce comportement est-il habituel ?
- est-il plus intense ou plus fréquent ?
- est-il apparu brutalement ?
- s’accompagne-t-il d’autres changements ?
- la personne retrouve-t-elle ensuite son état habituel ?
La rupture avec les habitudes apporte souvent davantage d’informations que le comportement pris isolément.
Que faut-il vérifier face à un changement soudain ?
Lorsqu’un comportement apparaît brutalement, il faut d’abord rester attentif à une éventuelle cause physique.
Certains signes méritent une vigilance particulière :
- posture inhabituelle ;
- grimace ou crispation ;
- partie du corps protégée ;
- modification de la respiration ;
- difficulté soudaine à se déplacer ;
- somnolence inhabituelle ;
- chute récente ;
- changement important du sommeil ou de l’appétit ;
- évolution après une modification de traitement.
Selon la situation, ces observations doivent être transmises rapidement aux professionnels compétents.
Chez une personne qui communique difficilement par la parole, la douleur peut se manifester par de l’agitation, un refus du contact ou un retrait. L’article Comment savoir si une personne non verbale a mal apporte des repères complémentaires.
Comment observer sans interpréter trop vite ?
Une observation utile décrit les faits.
Il est plus précis d’écrire que la personne a repoussé trois fois la main du professionnel pendant l’habillage que d’indiquer qu’elle était agressive.
De même, noter qu’elle a fermé les yeux et éloigné son verre est plus informatif que d’écrire qu’elle refuse tout.
L’équipe peut observer :
- ce que la personne fait ;
- les mots ou les sons produits ;
- la durée de la manifestation ;
- le moment où elle apparaît ;
- les personnes présentes ;
- les conséquences immédiates ;
- les changements après un ajustement.
Cette description factuelle permet de comparer plusieurs situations et de limiter les conclusions trop rapides.
Que s’est-il passé juste avant le comportement ?
Le moment précédant la manifestation fournit souvent des informations précieuses.
Le comportement est-il apparu :
- pendant un soin ;
- après une consigne ;
- lors d’une attente ;
- après l’arrêt d’une activité ;
- au moment d’un changement de lieu ;
- dans un environnement bruyant ;
- lorsqu’un objet a été retiré ;
- après plusieurs sollicitations successives ?
Il ne s’agit pas de rechercher un responsable, mais de repérer les changements qui ont précédé la réaction.
Parfois, plusieurs facteurs se cumulent : fatigue, bruit, attente et difficulté à comprendre ce qui va se passer.
L’article consacré à l’influence de l’environnement sonore sur les résidents montre que certains bruits ordinaires pour les professionnels peuvent devenir difficiles à supporter.
Une difficulté de communication peut-elle expliquer certains comportements ?
Lorsqu’une personne ne peut pas demander une pause, exprimer une douleur ou signaler qu’elle n’a pas compris, elle peut utiliser d’autres moyens.
Elle peut notamment :
- repousser un objet ;
- crier ;
- quitter l’espace ;
- se figer ;
- jeter un support ;
- répéter un geste ;
- interrompre l’activité.
Ces réactions n’ont pas toujours une signification unique. Toutefois, elles invitent à vérifier si la personne dispose d’un moyen accessible pour exprimer :
- oui ou non ;
- encore ;
- terminé ;
- pause ;
- aide ;
- douleur ;
- moins vite ;
- je souhaite partir.
La Communication Alternative et Améliorée peut faciliter l’expression des préférences, des refus et des besoins.

Comment vérifier si la consigne est comprise ?
Une demande apparemment simple peut nécessiter plusieurs opérations : écouter, comprendre, retenir l’information puis organiser une réponse.
Lorsque la personne semble en difficulté, il peut être utile de :
- donner une seule consigne à la fois ;
- accompagner les mots d’un geste ;
- montrer l’objet concerné ;
- laisser davantage de temps ;
- annoncer ce qui va se passer ;
- présenter clairement la fin de l’action ;
- proposer deux possibilités faciles à distinguer.
Répéter immédiatement la demande ou multiplier les explications peut augmenter la confusion.
Comment l’environnement sensoriel influence-t-il le comportement ?
L’environnement agit en permanence, même lorsqu’aucune activité sensorielle n’est proposée.
La personne peut être exposée simultanément à des conversations, une télévision, des passages répétés, une lumière vive, des contacts et des consignes verbales.
Ces informations peuvent s’accumuler jusqu’à rendre la situation difficile à supporter.
Il peut alors être utile de vérifier si la réaction diminue lorsque :
- le niveau sonore baisse ;
- le nombre de personnes présentes est réduit ;
- l’éclairage devient plus stable ;
- les contacts non nécessaires cessent ;
- un temps de récupération est proposé ;
- la personne retrouve une distance qu’elle peut contrôler.
Pour repérer les premiers signes de surcharge, consultez l’article Surstimulation en séance multisensorielle : que faire ?.
Pourquoi les transitions peuvent-elles provoquer des réactions ?
Les changements d’activité, de lieu ou de professionnel peuvent créer de l’incertitude.
Les moments les plus sensibles peuvent être :
- la fin d’une activité ;
- le passage à table ;
- le début d’un soin ;
- le départ vers un autre lieu ;
- l’arrivée d’un nouveau professionnel ;
- l’attente d’un transport ;
- le retour dans la chambre.
Plusieurs repères peuvent rendre ces transitions plus lisibles :
- annoncer le changement ;
- montrer l’étape suivante ;
- utiliser un signal familier ;
- laisser un temps de préparation ;
- éviter les départs précipités ;
- permettre à la personne de terminer son geste.
Les routines sensorielles peuvent soutenir cette prévisibilité lorsqu’elles restent suffisamment souples.
Comment adapter sa posture sans augmenter les sollicitations ?
Face à une tension, parler davantage ou se rapprocher peut sembler rassurant. Pourtant, cela ajoute parfois de nouvelles informations à traiter.
Lorsque la sécurité le permet, le professionnel peut :
- limiter le nombre d’intervenants ;
- ralentir ses gestes ;
- réduire la quantité de paroles ;
- maintenir une distance adaptée ;
- éviter le contact non recherché ;
- reconnaître un refus ;
- laisser un temps de récupération ;
- proposer une seule possibilité à la fois.
La priorité n’est pas de faire reprendre immédiatement l’activité. Il s’agit de retrouver des conditions dans lesquelles la personne peut de nouveau communiquer ou faire un choix.
Quelle place donner à l’approche multisensorielle ?
Une approche multisensorielle peut aider à observer les préférences, à réduire les sollicitations inutiles et à construire un environnement plus lisible.
Elle repose notamment sur :
- des stimulations réglables ;
- une introduction progressive ;
- l’observation des réactions corporelles ;
- la possibilité de choisir ;
- le respect du refus ;
- une présence relationnelle stable.
Cependant, une salle Snoezelen ou un objet sensoriel ne constitue pas une réponse automatique à tous les comportements. La personne peut ne pas être disponible ou avoir besoin d’une autre forme d’évaluation.
Somoba présente des espaces Snoezelen et multisensoriels pouvant être adaptés à différents publics et contextes d’accompagnement.
Comment transmettre une observation à l’équipe ?

Une transmission courte peut reprendre trois étapes.
Avant le comportement
- moment et lieu ;
- activité précédente ;
- personnes présentes ;
- changement récent ;
- ambiance sonore et lumineuse.
Pendant le comportement
- gestes précis ;
- paroles ou vocalisations ;
- durée ;
- intensité ;
- risques éventuels.
Après le comportement
- réponse des professionnels ;
- modification de l’environnement ;
- réaction de la personne ;
- temps nécessaire pour retrouver un état stable ;
- informations transmises.
Il est préférable d’écrire que la personne s’est levée six fois pendant le repas et s’est dirigée vers la porte plutôt que d’indiquer qu’elle était ingérable.
Une formulation précise facilite la comparaison entre les situations et aide l’équipe à construire des réponses plus cohérentes.
La formation Somoba consacrée à la conception d’un accompagnement multisensoriel individualisé aborde notamment l’observation, l’adaptation des séances et la réflexion pluridisciplinaire.
Que faut-il retenir face à un comportement difficile ?
Un comportement préoccupant ne doit être ni banalisé ni interprété trop rapidement.
Avant d’intervenir, il est important de :
- vérifier la sécurité ;
- repérer un changement soudain ;
- rechercher une douleur ou une gêne possible ;
- décrire précisément les faits ;
- observer ce qui s’est passé avant ;
- prendre en compte l’environnement ;
- vérifier la compréhension ;
- adapter la posture relationnelle ;
- transmettre les observations.
Comprendre un comportement ne signifie pas lui attribuer immédiatement une fonction précise. Il s’agit de construire progressivement une lecture fondée sur le contexte, les faits et la connaissance de la personne.
L’objectif n’est pas seulement de faire disparaître ce qui dérange, mais de comprendre ce qui a changé et de proposer des conditions plus adaptées.
Où trouver des ressources sur l’accompagnement multisensoriel ?
- Découvrir les projets et ressources de Somoba.
- Explorer les solutions pour les espaces Snoezelen et multisensoriels.
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