Lorsqu’une personne ne parle pas ou utilise peu la parole, son entourage peut chercher à donner rapidement un sens à chacun de ses gestes. Un regard détourné devient un refus, une agitation traduit un inconfort et un sourire confirme que la proposition convient.
Pourtant, observer ne consiste pas à deviner. Un même comportement peut avoir plusieurs significations selon le moment, l’environnement et l’état de la personne.
L’objectif est donc de recueillir des faits, de formuler des hypothèses prudentes, puis de vérifier comment la personne réagit lorsque l’accompagnement est ajusté.
Une personne non verbale communique-t-elle malgré l’absence de parole ?
Ne pas utiliser la parole ne signifie pas ne rien exprimer.
La communication peut passer par :
- le regard ;
- les expressions du visage ;
- les gestes ;
- la posture ;
- les déplacements ;
- les vocalisations ;
- les variations du tonus ;
- l’approche ou l’éloignement ;
- des pictogrammes ou des objets ;
- un dispositif de Communication Alternative et Améliorée.
Certaines réactions sont intentionnelles. D’autres traduisent plutôt un changement physique, émotionnel ou sensoriel. C’est pourquoi elles ne doivent pas être automatiquement traduites en message précis.
Par exemple, détourner le regard peut signifier que la personne souhaite interrompre l’échange. Cependant, elle peut aussi être fatiguée, gênée par la lumière ou concentrée sur une autre information.
Le comportement constitue donc un indice, et non une réponse définitive.
Que faut-il observer avant de chercher un besoin ?
La première étape consiste à comparer la situation avec le fonctionnement habituel de la personne.
Le professionnel peut se demander :
- ce comportement est-il fréquent ?
- est-il plus intense aujourd’hui ?
- est-il apparu soudainement ?
- la personne vient-elle de vivre une transition ?
- son environnement est-il plus bruyant que d’habitude ?
- une activité, un soin ou un déplacement vient-il d’avoir lieu ?
- d’autres changements sont-ils observés ?
Cette comparaison est essentielle. Une vocalisation habituelle ne possède pas la même signification qu’un cri soudain. De même, une personne qui recherche souvent le mouvement ne doit pas être automatiquement considérée comme agitée.
Un changement brutal ou inhabituel doit également conduire à rechercher une douleur ou une évolution de l’état de santé. L’article Comment savoir si une personne non verbale a mal apporte des repères complémentaires.
Quels signes corporels peut-on observer ?
Le corps apporte de nombreuses informations, notamment lorsque la parole ne permet pas d’exprimer facilement un accord, un inconfort ou une préférence.
L’observation peut porter sur :
- l’orientation du regard ;
- l’expression du visage ;
- la respiration ;
- la position des mains ;
- les tensions musculaires ;
- les mouvements d’approche ou de retrait ;
- la manière de s’installer ;
- les vocalisations ;
- le temps de réponse ;
- les changements par rapport à l’état initial.
Toutefois, un signe isolé ne suffit pas.
Une respiration plus rapide peut accompagner une émotion, un effort ou un inconfort. Une posture fermée peut être liée à la fatigue, à la température ou à une position mal adaptée.
La répétition d’un signe dans des circonstances comparables apporte généralement davantage d’informations que son apparition unique.
Pour approfondir la lecture des manifestations émotionnelles, consultez l’article Repérer les émotions sans les mots.

Comment utiliser la méthode avant, pendant et après ?
Une observation structurée aide à ne pas se concentrer uniquement sur le comportement visible.
Que faut-il noter avant ?
Avant la réaction, l’équipe peut relever :
- le lieu ;
- le moment de la journée ;
- l’activité précédente ;
- les personnes présentes ;
- le niveau sonore ;
- la lumière ;
- la consigne donnée ;
- l’état apparent de la personne.
Que faut-il observer pendant ?
Pendant la situation, il est utile de décrire :
- les gestes exacts ;
- les changements de posture ;
- les sons produits ;
- la durée ;
- la direction du regard ;
- les signes d’approche ou d’évitement ;
- la réaction aux paroles et aux contacts.
Que faut-il regarder après ?
Après l’ajustement, l’équipe observe si la personne :
- retrouve son état habituel ;
- reste tendue ;
- revient vers la proposition ;
- recherche un autre support ;
- s’éloigne ;
- devient plus disponible ;
- manifeste de nouveau le même comportement.
Cette séquence permet de construire une hypothèse sans la confondre avec un fait.
Comment passer d’un comportement à une hypothèse vérifiable ?
Il est préférable de séparer quatre éléments : le fait, l’hypothèse, l’ajustement et le résultat.
Prenons un exemple.
Fait observé : la personne ferme les yeux et tourne la tête lorsque la projection lumineuse commence à bouger.
Hypothèse : le mouvement visuel est peut-être inconfortable.
Ajustement : la projection devient fixe.
Résultat : la personne ouvre les yeux et regarde de nouveau le mur.
Cette réaction renforce l’hypothèse, mais elle ne la transforme pas immédiatement en règle définitive. Il faudra vérifier si la même évolution apparaît lors d’autres séances.
Un autre jour, la personne pourrait détourner le regard pour une raison différente.
Cette méthode limite les formulations trop générales comme elle déteste la lumière ou elle ne souhaite jamais participer.
Comment vérifier si la personne exprime un choix ou un refus ?
L’observation ne doit pas remplacer les moyens directs de communication.
Lorsque cela est possible, la personne doit pouvoir exprimer :
- oui ;
- non ;
- encore ;
- terminé ;
- pause ;
- aide ;
- douleur ;
- changer ;
- partir.
La réponse peut être donnée par un geste, un regard, un objet, un pictogramme, un bouton ou un autre support adapté.
Pour vérifier un choix, il peut être utile de présenter deux possibilités clairement différentes. Les supports peuvent ensuite être déplacés ou présentés dans un autre ordre afin de vérifier que la réponse ne dépend pas uniquement de leur position.
Surtout, le refus doit produire un effet réel. Si la personne indique qu’elle souhaite arrêter, la proposition doit pouvoir s’interrompre.
L’article consacré à la CAA et aux comportements-problèmes présente plusieurs moyens pour rendre les choix et les demandes plus accessibles.

Comment l’environnement sensoriel influence-t-il la communication ?
La manière dont une personne communique peut changer selon l’environnement.
Un lieu bruyant, une lumière instable, plusieurs interlocuteurs ou des contacts répétés peuvent réduire sa disponibilité. Ses réactions deviennent alors parfois plus difficiles à interpréter.
Avant de conclure qu’elle refuse une activité, il peut être utile de :
- diminuer le bruit de fond ;
- limiter le nombre de personnes ;
- stabiliser l’éclairage ;
- présenter un seul support ;
- ralentir les gestes ;
- laisser davantage de temps ;
- interrompre les contacts non recherchés.
Si la personne redevient plus disponible après cet ajustement, l’environnement constituait probablement l’un des facteurs de la situation.
Une approche multisensorielle peut faciliter cette observation, car elle permet de modifier progressivement certains paramètres. Elle ne remplace cependant ni les outils de communication ni l’évaluation des professionnels compétents.
Comment construire un répertoire personnel de communication ?
Au fil du temps, l’équipe peut rassembler les signes régulièrement observés chez la personne.
Ce répertoire peut préciser :
- les manifestations habituelles d’intérêt ;
- les signes possibles de refus ;
- les moyens utilisés pour demander une pause ;
- les réactions associées à l’inconfort ;
- les supports de communication connus ;
- les conditions qui facilitent les échanges ;
- les éléments qui compliquent la compréhension ;
- les hypothèses restant à vérifier.
Il doit rester évolutif. Un geste ne possède pas forcément la même signification dans toutes les situations.
Par exemple, se rapprocher peut traduire un intérêt pour l’activité, une recherche de relation ou le besoin de mieux voir le support. Le contexte reste indispensable.
Ce document doit également distinguer clairement ce qui a été observé de ce qui est encore supposé.
Comment transmettre une observation sans interpréter ?
Une transmission utile décrit une situation précise.
Il est préférable d’écrire :
Après le démarrage de la musique, la personne s’est raidie et a repoussé l’enceinte. Après son arrêt, ses mains se sont relâchées.
plutôt que :
La personne n’aime pas la musique.
De même :
Elle a regardé deux fois le pictogramme pause, puis s’est dirigée vers la porte.
est plus informatif que :
Elle ne voulait rien faire.
Une transmission peut reprendre cinq repères simples :
- le contexte ;
- le comportement observé ;
- l’hypothèse envisagée ;
- l’ajustement réalisé ;
- l’évolution constatée.
Cette structure aide l’équipe à comparer les situations et à construire progressivement des réponses cohérentes.
Somoba propose une formation consacrée à la conception d’un accompagnement multisensoriel individualisé. Elle aborde notamment la communication non verbale, l’observation et la réalisation d’une fiche d’observation.

Que faut-il retenir pour mieux comprendre une personne non verbale ?
Comprendre les besoins d’une personne qui ne verbalise pas demande de ralentir l’interprétation.
Les principaux repères sont les suivants :
- observer les changements par rapport aux habitudes ;
- décrire les faits avant de formuler une hypothèse ;
- comparer plusieurs situations ;
- modifier un paramètre lorsque cela est possible ;
- vérifier la réaction obtenue ;
- proposer des moyens de communication accessibles ;
- respecter les choix et les refus ;
- rechercher une douleur face à un changement inhabituel ;
- partager les observations avec l’équipe.
L’objectif n’est pas de traduire chaque comportement de manière définitive. Il est de rendre la communication plus accessible et de permettre à la personne d’agir davantage sur ce qu’elle vit.
Une personne qui ne parle pas n’attend pas seulement d’être observée. Elle doit aussi disposer de moyens concrets pour être entendue.
Où trouver des ressources sur l’observation multisensorielle ?
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