Former une équipe à l’approche multisensorielle ne consiste pas seulement à transmettre des techniques d’animation ou à apprendre à utiliser une salle dédiée. Dans un établissement médico-social, un EHPAD, une MAS, un FAM, un IME ou une structure accueillant des personnes en situation de handicap, l’approche multisensorielle devient réellement efficace lorsqu’elle est comprise, partagée et portée par plusieurs professionnels.
L’enjeu est important : une séance multisensorielle ne repose pas uniquement sur un environnement agréable. Elle demande une posture professionnelle, une observation fine, une capacité d’adaptation et une compréhension des besoins de la personne accompagnée. C’est pourquoi la formation d’une seule personne, même motivée, ne suffit pas toujours à faire vivre durablement un projet multisensoriel.
Après avoir abordé, dans un précédent article, comment mettre en place un espace multisensoriel dans un établissement, il est essentiel de se poser une autre question : qui doit être formé pour que cet espace devienne un véritable outil d’accompagnement au quotidien ?
La réponse est souvent collective. Former plusieurs professionnels à l’approche multisensorielle permet de créer une culture commune, d’éviter l’isolement d’un référent unique et d’inscrire les séances dans le projet personnalisé de chaque personne accompagnée. La Haute Autorité de Santé rappelle d’ailleurs que le projet personnalisé s’inscrit dans une démarche de co-construction entre la personne accueillie et l’équipe pluridisciplinaire.
Former une équipe à l’approche multisensorielle : un enjeu institutionnel, pas seulement individuel
L’approche multisensorielle vise à proposer un environnement et une relation adaptés aux besoins sensoriels, émotionnels et corporels d’une personne. Elle peut mobiliser la lumière, les sons, les textures, les odeurs, les vibrations, le mouvement ou encore les objets tactiles. Mais elle ne se limite jamais à une addition de stimulations.
Dans l’article Comprendre l’approche multisensorielle pour mieux accompagner en établissement médico-social, nous rappelions que l’accompagnement multisensoriel doit passer d’une pratique intuitive à une pratique structurée. Cette structuration devient beaucoup plus solide lorsqu’elle est partagée par plusieurs membres de l’équipe.
Former une équipe à l’approche multisensorielle permet notamment de répondre à trois enjeux majeurs :
- assurer une continuité des séances malgré les plannings et les absences ;
- adapter les propositions sensorielles grâce à des regards professionnels complémentaires ;
- intégrer l’approche multisensorielle dans le quotidien, et pas uniquement dans une salle dédiée.
C’est aussi la logique défendue par Somoba Formations, qui accompagne les professionnels du médico-social, de la santé et du secteur associatif dans le développement de pratiques centrées sur la personne. Somoba Formations présente notamment son activité comme orientée vers les approches non médicamenteuses et l’accompagnement multisensoriel.

Pourquoi impliquer plusieurs professionnels dans une formation multisensorielle ?
1. Pour croiser les regards autour de la personne accompagnée
Une personne âgée dépendante, une personne polyhandicapée, un adulte autiste ou un résident présentant des troubles cognitifs ne réagit pas toujours de la même manière selon le moment, le lieu ou l’interlocuteur.
L’aide-soignant observe souvent des réactions pendant les soins d’hygiène. L’éducateur spécialisé repère des comportements dans les temps d’activité. Le psychomotricien analyse le tonus, les appuis corporels et la régulation sensorielle. L’infirmier connaît les douleurs, les traitements, la fatigue ou les troubles associés. L’animateur identifie les préférences sociales, musicales ou relationnelles. La psychologue peut aider à comprendre certains comportements, signes de retrait ou manifestations émotionnelles.
Former plusieurs professionnels à l’approche multisensorielle permet donc de croiser ces observations. Ce croisement est essentiel pour concevoir un accompagnement sensoriel personnalisé, cohérent avec les besoins, les capacités et les limites de chaque personne.
La HAS rappelle d’ailleurs que le projet personnalisé doit s’appuyer sur les attentes de la personne et sur une démarche construite avec les professionnels concernés.
2. Pour éviter que l’approche multisensorielle repose sur une seule personne
Dans certains établissements, une salle multisensorielle existe, mais elle reste peu utilisée. Ce n’est pas toujours par manque d’intérêt. Très souvent, le problème vient du fait qu’un seul professionnel a été formé ou se sent légitime pour utiliser l’espace.
Cela crée plusieurs limites :
- les séances sont annulées dès que ce professionnel est absent ;
- les autres membres de l’équipe n’osent pas utiliser le matériel ;
- l’approche multisensorielle devient une activité “à part” ;
- les transmissions restent limitées ;
- la démarche ne s’intègre pas réellement au projet d’établissement.
À l’inverse, lorsqu’une équipe est formée, l’approche multisensorielle peut être utilisée de manière plus souple. Elle peut prendre place dans une salle dédiée, mais aussi dans une chambre, lors d’un temps calme, pendant un accompagnement individuel ou dans certains moments sensibles du quotidien.
C’est d’ailleurs une idée déjà développée dans l’article Quels équipements choisir pour une salle multisensorielle professionnelle en établissement médico-social ?. Le matériel multisensoriel est utile, mais il prend toute sa valeur lorsqu’il est associé à une intention professionnelle, une posture adaptée et une observation continue.
Pour les établissements qui souhaitent aller plus loin dans la conception ou l’évolution de leur espace, Somoba accompagne les projets d’espaces sensoriels en proposant des environnements pensés pour la détente, la stimulation douce et le bien-être, adaptés aux publics accueillis..
3. Pour créer une culture commune de l’observation
Former une équipe à l’approche multisensorielle permet de créer un vocabulaire partagé. C’est un point souvent sous-estimé, mais essentiel.
Avant une formation collective, un même comportement peut être interprété différemment selon les professionnels. Une agitation peut être vue comme un refus, une anxiété, une douleur, une fatigue ou une recherche sensorielle. Un retrait peut être interprété comme un manque d’intérêt, alors qu’il peut aussi traduire une surcharge sensorielle ou un besoin de sécurité.
La formation multisensorielle en équipe aide les professionnels à observer autrement :
- les signes d’apaisement ;
- les signes d’inconfort ;
- les préférences sensorielles ;
- les réactions corporelles ;
- le regard, les mimiques et les vocalises ;
- les effets avant, pendant et après la séance.
Cette culture commune permet de mieux ajuster les séances et d’éviter les propositions standardisées. Elle aide aussi les professionnels à formuler des transmissions plus utiles : “la personne a semblé plus détendue avec une lumière tamisée et une musique lente” est beaucoup plus exploitable que “la séance s’est bien passée”.
Dans cette logique, la formation Concevoir et adapter un accompagnement multi sensoriel auprès d’une personne en situation de handicap proposée par Somoba Formations vise justement à structurer l’accompagnement multisensoriel autour des besoins de la personne, avec une approche professionnelle et adaptée.e pluridisciplinaire, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer la participation et les effets d’une activité.
Quels professionnels former à l’approche multisensorielle ?
Il n’existe pas un seul profil idéal. L’intérêt de l’approche multisensorielle est justement de pouvoir être portée par plusieurs métiers, chacun avec sa compétence propre.
Les aides-soignants et accompagnants éducatifs et sociaux
Ils sont au contact quotidien des personnes accompagnées. Ils repèrent les moments de tension, les habitudes, les préférences, les refus, les signes de fatigue ou de confort. Leur rôle est essentiel pour intégrer l’approche multisensorielle dans les gestes du quotidien : toilette, habillage, coucher, lever, repas, accompagnement en chambre.
Les infirmiers et professionnels du soin
Ils apportent un regard sur l’état de santé, la douleur, les troubles du sommeil, les traitements, les fragilités et les contre-indications éventuelles. Leur présence dans la formation permet d’éviter une approche déconnectée de la réalité clinique.
Les psychomotriciens, ergothérapeutes et kinésithérapeutes
Ils contribuent à l’analyse du corps, du tonus, des appuis, de la motricité, de la sensorialité et des installations. Leur regard est précieux pour adapter les stimulations tactiles, vestibulaires, vibratoires ou proprioceptives.
Les éducateurs spécialisés et moniteurs-éducateurs
Ils favorisent l’inscription de l’approche multisensorielle dans le projet éducatif, la communication, l’autonomie, la relation et la participation sociale. Ils peuvent aussi aider à construire des objectifs individualisés.
Les animateurs
Les animateurs, quant à eux, jouent un rôle important, notamment en EHPAD. Comme nous l’avons détaillé dans l’article Multisensoriel et personnes âgées : comment adapter les séances en EHPAD ?, les séances peuvent être enrichies par la musique, les souvenirs, les saisons, les objets familiers ou les ambiances rassurantes.
Les psychologues et cadres de proximité
Ils jouent un rôle dans l’analyse des besoins, la cohérence institutionnelle, la prise de recul et l’accompagnement des équipes. Les cadres peuvent faciliter la planification, la priorisation et la pérennisation de la démarche.
Former plusieurs métiers ne signifie pas que tous feront la même chose. Cela signifie que chacun comprend la démarche, ses limites, ses objectifs et sa place dans l’accompagnement multisensoriel.

Formation multisensorielle en équipe : quels bénéfices pour l’établissement ?
Une meilleure continuité des séances
Lorsque plusieurs professionnels sont formés, les séances multisensorielles peuvent être organisées plus régulièrement. L’établissement n’est plus dépendant d’un créneau unique ou d’un seul professionnel référent.
Cette continuité est particulièrement importante pour les personnes ayant besoin de repères, de répétition et de sécurité relationnelle : personnes âgées désorientées, personnes avec TSA, personnes polyhandicapées, résidents anxieux ou personnes ayant des troubles de la communication.
Une meilleure personnalisation de l’accompagnement
Former une équipe à l’approche multisensorielle n’a pas seulement des bénéfices pour les personnes accompagnées. Cela peut aussi soutenir les professionnels.
Dans l’article Multisensoriel : quels bénéfices pour les soignants en établissement de santé ?, nous expliquions que l’approche multisensorielle peut aider les équipes à retrouver une qualité de présence, à mieux gérer certains temps de tension et à sortir d’une relation uniquement centrée sur le soin technique.
Lorsqu’une équipe est formée, les professionnels partagent des repères communs. Ils peuvent échanger sur leurs difficultés, analyser ensemble les situations complexes et construire des réponses plus cohérentes. Cette dynamique peut être particulièrement utile face aux refus de soins, à l’agitation, à l’anxiété, aux troubles cognitifs ou aux situations de communication difficile.
Une formation multisensorielle en équipe peut donc devenir un levier de qualité de vie au travail. Elle redonne du sens à l’accompagnement, valorise l’observation professionnelle et permet de développer des pratiques plus apaisées.
Une meilleure utilisation du matériel multisensoriel
Colonnes à bulles, fibres optiques, projecteurs, fauteuils enveloppants, matelas à eau, objets tactiles, diffuseurs d’odeurs, supports sonores, lumières douces : le matériel multisensoriel peut être très utile, mais seulement s’il est utilisé avec intention.
Former une équipe permet d’éviter deux écueils fréquents :
- utiliser trop de stimulations en même temps ;
- penser que le matériel suffit à créer une séance de qualité.
Une séance multisensorielle professionnelle repose davantage sur la posture, l’observation et l’adaptation que sur la quantité d’équipements disponibles.
Une dynamique d’équipe plus cohérente
Former plusieurs professionnels à l’approche multisensorielle peut aussi renforcer la cohésion d’équipe. Les professionnels partagent une expérience commune, expérimentent eux-mêmes certaines stimulations, échangent sur leurs pratiques et construisent ensemble des repères.
Cette dynamique est précieuse dans les établissements où les équipes sont confrontées à la fatigue, aux troubles du comportement, aux situations complexes ou à la difficulté de maintenir une relation apaisée avec certaines personnes accompagnées.
Comment organiser une formation multisensorielle pour plusieurs professionnels ?
Pour qu’une formation multisensorielle en équipe soit réellement utile, elle doit être pensée comme un projet d’établissement, même à petite échelle.
Avant la formation : clarifier les objectifs
L’établissement peut se poser plusieurs questions :
- Souhaite-t-on ouvrir ou relancer une salle multisensorielle ?
- Veut-on intégrer l’approche multisensorielle dans les soins du quotidien ?
- Le besoin concerne-t-il plutôt les personnes âgées, le handicap, l’autisme, le polyhandicap ou les troubles cognitifs ?
- Qui sera chargé de coordonner la démarche ?
- Comment les observations seront-elles transmises ?
- Quels professionnels doivent être formés en priorité ?
Une fois les objectifs clarifiés, il est utile de former un groupe représentatif : soignants, éducatifs, rééducateurs, animation, encadrement. Cette diversité permet de construire une démarche plus réaliste et plus durable.
Somoba Formations propose notamment des formats adaptés aux équipes, comme l’initiation à l’approche sensorielle, qui vise à acquérir les bases pour mettre en œuvre des séances adaptées à son public et à son environnement professionnel.
Pour les établissements qui souhaitent structurer un projet plus global, la formation Concevoir son projet permet d’aborder les enjeux humains, matériels et institutionnels nécessaires à une intégration cohérente et pérenne de l’approche multisensorielle.
Pendant la formation : partir des situations réelles
Une formation multisensorielle efficace doit s’appuyer sur les réalités du terrain. Les professionnels doivent pouvoir travailler à partir de situations qu’ils rencontrent réellement : refus de soin, agitation en fin de journée, troubles du sommeil, isolement, communication difficile, hypersensibilité, douleurs, anxiété, perte de repères.
C’est ce lien avec le terrain qui permet à l’équipe de repartir avec des outils directement utilisables.
Après la formation : structurer la démarche
La formation ne doit pas rester un moment isolé. Pour qu’elle produise des effets, l’établissement peut mettre en place :
- un ou deux professionnels référents ;
- un planning souple d’utilisation de l’espace ;
- une fiche d’observation simple ;
- des temps de retour en équipe ;
- une intégration dans le projet personnalisé ;
- une procédure d’utilisation du matériel ;
- des objectifs individualisés pour certaines personnes.
Cette étape est essentielle pour transformer la formation en pratique durable.
Former plusieurs professionnels : une réponse aux limites du “référent unique”
Lorsqu’une équipe est formée à l’approche multisensorielle, les effets peuvent être visibles à plusieurs niveaux.
D’abord, les séances deviennent plus régulières. Plusieurs professionnels peuvent les proposer, les adapter ou les relayer. Ensuite, les observations deviennent plus riches, car elles sont partagées entre métiers. L’établissement peut aussi mieux ajuster son matériel, son organisation et ses objectifs.
Une équipe formée peut également mieux distinguer une séance multisensorielle apaisante, une séance de stimulation, un temps d’exploration, un accompagnement en chambre ou une adaptation sensorielle pendant un soin.
Cette nuance est importante. L’approche multisensorielle ne consiste pas à stimuler davantage, mais à proposer ce qui est juste pour la personne, au bon moment, dans un cadre sécurisant.
Pour les structures qui souhaitent combiner formation, aménagement et accompagnement de projet, Somoba peut aussi intervenir sur la conception d’espaces sensoriels adaptés, tandis que Somoba Formations accompagne la montée en compétence des équipes professionnelles.






