Communiquer avec une personne atteinte de troubles neurodégénératifs peut devenir difficile, déroutant, parfois épuisant. Les mots ne viennent plus, les réponses semblent incohérentes, les réactions changent, les émotions débordent. Face à Alzheimer, Parkinson, la SLA, les démences ou d’autres maladies neurodégénératives, la communication ne disparaît pas : elle se transforme.
Pour les familles, les aidants et les professionnels en EHPAD ou en établissement médico-social, l’enjeu est essentiel : maintenir le lien, éviter les tensions, respecter la personne et préserver une relation apaisée malgré l’évolution de la maladie.
Pourquoi les troubles neurodégénératifs modifient-ils la communication ?
Les maladies neurodégénératives sont des maladies chroniques et progressives qui touchent le système nerveux central. Elles peuvent altérer la mémoire, le langage, l’attention, les gestes, le comportement, l’expression émotionnelle ou encore la capacité à comprendre une situation.
Dans la maladie d’Alzheimer ou les maladies apparentées, par exemple, la personne peut avoir du mal à trouver ses mots, à reconnaître son interlocuteur ou à exprimer clairement ce qu’elle ressent. Cela peut donner l’impression qu’elle “ne veut pas répondre”, “s’oppose” ou “fait exprès”. En réalité, la difficulté vient souvent de la maladie : la personne ne traite plus l’information de la même manière.
C’est pourquoi il devient indispensable d’adapter sa communication.
Adapter sa communication, ce n’est pas infantiliser
Adapter sa manière de parler ne signifie pas parler à la personne comme à un enfant. C’est au contraire reconnaître ses difficultés tout en respectant son histoire, sa dignité et ses capacités restantes.
Une communication adaptée repose sur trois principes simples :
- parler plus simplement, sans être simpliste ;
- ralentir le rythme, sans faire à la place de la personne ;
- utiliser aussi le regard, le toucher, les gestes, la posture et l’environnement.
Pour les professionnels qui souhaitent approfondir ce sujet, Somoba propose une formation pour adapter sa communication face aux troubles neurodégénératifs, pensée pour mieux comprendre les effets de ces maladies sur la relation, la parole, le comportement et la posture d’accompagnement.
Les signes qui montrent que la communication devient difficile
Chez une personne atteinte de troubles neurodégénératifs, les difficultés peuvent prendre plusieurs formes.
La personne cherche ses mots, répète les mêmes phrases, répond à côté, ne comprend pas une consigne simple ou semble absente. Elle peut aussi se montrer agitée, inquiète, opposante ou agressive lorsque la situation devient trop confuse pour elle.
Dans certains cas, le comportement devient un message. Une agitation pendant la toilette peut exprimer une peur, une douleur, une pudeur ou une incompréhension. Un refus de repas peut être lié à une fatigue, une texture désagréable, un trouble de la déglutition, une angoisse ou une perte de repères.
Avant de conclure à un “trouble du comportement”, il faut donc se demander :
qu’est-ce que cette personne essaie de dire autrement ?
Comment parler à une personne atteinte d’Alzheimer ou de troubles cognitifs ?
La première règle est de créer un climat calme. Il vaut mieux se placer face à la personne, capter doucement son regard, l’appeler par son nom et éviter de parler depuis une autre pièce ou dans le bruit.
Les phrases doivent être courtes. Une idée à la fois suffit. Au lieu de dire :
“On va se lever, aller à la salle de bain, faire la toilette et ensuite prendre le petit-déjeuner.”
Il est préférable de dire :
“Nous allons nous lever.”
Puis, une fois cette étape terminée :
“Nous allons à la salle de bain.”
Il est aussi important d’éviter les questions trop larges. “Qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ?” peut être trop complexe. Une alternative plus accessible serait :
“Tu préfères écouter de la musique ou marcher un peu ?”
La personne doit pouvoir répondre sans être mise en échec.
Le non-verbal : quand le corps parle plus que les mots
Lorsque le langage verbal diminue, la communication non verbale devient essentielle. Le regard, la posture, le ton de voix, la distance corporelle, le sourire ou la lenteur des gestes peuvent rassurer ou, au contraire, déclencher une réaction de défense.
Une personne atteinte de troubles neurodégénératifs peut ne plus comprendre tous les mots, mais elle perçoit souvent très fortement l’intention émotionnelle. Un ton pressé, une posture tendue ou un geste brusque peuvent être vécus comme une menace.
À l’inverse, une voix posée, un regard bienveillant, une présence stable et des gestes prévisibles peuvent aider à rétablir la confiance.
C’est ici que l’approche multisensorielle en établissement médico-social prend tout son sens. Elle permet de soutenir la communication autrement, notamment lorsque les mots deviennent insuffisants ou difficiles à utiliser.
Communiquer autrement grâce aux sens

Quand les mots ne suffisent plus, les sens peuvent devenir des portes d’entrée relationnelles.
Une musique connue peut réveiller un souvenir. Une odeur familière peut apaiser. Une texture agréable peut favoriser la détente. Un éclairage trop fort peut au contraire augmenter l’agitation. Le toucher, lorsqu’il est respectueux et accepté, peut devenir un support de présence.
Dans l’accompagnement des troubles neurodégénératifs, la communication ne passe donc pas uniquement par la parole. Elle passe aussi par :
- l’ambiance sonore ;
- la lumière ;
- le rythme ;
- la distance ;
- les objets familiers ;
- les repères visuels ;
- le toucher relationnel ;
- les habitudes de vie.
Ces dimensions rejoignent les objectifs des formations Somoba dédiées à l’accompagnement médico-social, qui proposent des repères concrets pour soutenir les professionnels dans leur relation avec les personnes accompagnées.
Les erreurs fréquentes à éviter
La première erreur est de corriger systématiquement la personne. Si elle se trompe de date, de lieu ou de prénom, la corriger brutalement peut créer de l’angoisse ou de l’humiliation. Il est souvent plus utile de rejoindre son émotion que de rétablir la vérité à tout prix.
La deuxième erreur est de parler trop vite. Les troubles cognitifs ralentissent le traitement de l’information. Il faut laisser le temps à la personne de comprendre, de réagir et de répondre.
La troisième erreur est de multiplier les consignes. Plus il y a d’informations, plus le risque de confusion augmente.
La quatrième erreur est de parler de la personne comme si elle n’était pas là. Même lorsque la communication est altérée, la personne doit rester au centre de l’échange.
La cinquième erreur est d’ignorer la fatigue de l’aidant ou du soignant. Une communication apaisée demande de l’énergie, de la disponibilité et des repères professionnels.
En EHPAD : pourquoi former les professionnels ?
En établissement, les troubles neurodégénératifs confrontent les équipes à des situations complexes : refus de soin, agitation, cris, opposition, errance, anxiété, incompréhension des consignes, conflits avec les familles.
Former les professionnels permet de mieux comprendre ce qui se joue derrière un comportement difficile. Cela aide aussi à adopter une posture commune au sein de l’équipe, à éviter les réponses contradictoires et à préserver la qualité de vie au travail.
La formation Adapter sa communication face aux troubles neurodégénératifs s’adresse justement aux professionnels exerçant un rôle d’accompagnement ou de soutien. Elle permet de travailler sur la communication verbale, la communication non verbale, la relation d’aide, la posture professionnelle et les situations rencontrées au quotidien.
Le rôle des aidants familiaux
Les aidants familiaux sont souvent les premiers confrontés à la transformation de la communication. Voir un proche ne plus répondre comme avant est douloureux. Il faut faire le deuil d’une relation ancienne tout en construisant une nouvelle manière d’être ensemble.
Pour un aidant, adapter sa communication peut vouloir dire :
Parler moins, mais mieux.
Éviter les débats inutiles.
Ne pas forcer une réponse.
Accepter les silences.
S’appuyer sur les souvenirs émotionnels.
Préserver les rituels rassurants.
Demander de l’aide avant l’épuisement.
La communication adaptée protège la personne malade, mais elle protège aussi l’aidant. Elle permet de réduire certaines tensions, de mieux comprendre les réactions du proche et de préserver une relation plus apaisée.
Exemple concret : transformer une situation de tension
Situation : une résidente refuse la toilette et repousse la soignante.
Réaction classique :
“Allez, il faut faire votre toilette maintenant, on n’a pas le temps.”
Réaction adaptée :
La professionnelle se place face à elle, parle doucement, réduit les stimulations, explique une seule étape :
“Je suis là avec vous. On va commencer par laver les mains.”
Elle observe la réaction, ajuste le rythme, propose un gant tiède, respecte la pudeur, valorise chaque coopération.
Dans cette situation, la communication n’est pas seulement verbale. Elle est corporelle, sensorielle, émotionnelle et relationnelle.

L’approche Snoezelen comme soutien à la communication
Lorsque la parole devient difficile, l’approche Snoezelen peut offrir un cadre particulièrement intéressant. Elle repose sur la détente, la stimulation sensorielle adaptée, la sécurité relationnelle et la qualité de présence.
Une formation Snoezelen peut aider les professionnels à développer une communication non verbale plus fine, à mieux observer les réactions de la personne et à créer un climat de confiance.
Cette approche ne remplace pas la communication verbale, mais elle l’enrichit. Elle permet de rejoindre la personne autrement : par le regard, le rythme, les sensations, la musique, la lumière ou la présence silencieuse.
Préserver le lien malgré la maladie
Les troubles neurodégénératifs modifient la relation, mais ils ne l’effacent pas. Même lorsque les mots deviennent rares, il reste le regard, la présence, les gestes, la musique, les souvenirs, le toucher, les émotions.
Adapter sa communication, c’est accepter de ne plus communiquer “comme avant” pour continuer à communiquer autrement.
C’est une compétence qui s’apprend, se pratique et se partage en équipe. Pour les établissements, se former à la communication face aux troubles neurodégénératifs permet d’améliorer la qualité de l’accompagnement, de réduire certaines tensions et de soutenir les professionnels dans leur quotidien.
Pour aller plus loin, la formation Somoba Adapter sa communication face aux troubles neurodégénératifs propose des repères concrets pour comprendre l’impact de la maladie sur la communication, adopter une posture adaptée et préserver une relation positive avec la personne accompagnée.






